Compte-rendu de la conférence : l'amour et le couple existeraient-ils dans une société libre ?
originellement paru dans la feuille d'info maloka #5 (hiver 1998)
Le groupe non-mixte femme du local libertaire a organisé une conférence le 5 décembre 1998 sur le thème : "l'amour et le couple existeraient-ils dans une société libre ?". Pour l'occasion nous avions invité Léo Vidal et Corinne Monnet, auteurEs du livre Au delà du personnel.
Après la projection de la vidéo "Chroniques Féministes de Lyon", Léo a débuté la conférence. Il a surtout parlé de son expérience personnelle et de comment celle-ci l'a amené à réfléchir sur les rapports hommes/femmes, rapports sociaux, amicaux et "amoureux". Il posait comme apriori que la domination des hommes sur les femmes et que le sexisme existent bien réellement et qu'il n'est nul besoin de le (re)démontrer. De plus, le thème a été abordé sous son angle politique et donc d'un point de vue anarchiste. En tant qu'anarchiste, il lui semblait indispensable de remettre en cause constamment ses comportements envers les femmes car, vivant dans une société patriarcale, tous les hommes, selon lui, participent à l'oppression des femmes.
Corinne a également tenu a préciser qu'elle aborderait de façon personnelle les problèmes de l'amour et du couple, et comment elle, en tant qu'anarcha-féministe, vit son combat contre le sexisme.
Selon elle, l'amour implique des rapports non-égalitaires entre les personnes et est un forme d'oppression et de domination.
En effet, combien de fois entendons-nous dire que "l'amour est aveugle", ou "j'ai fais telle chose (même si je ne suis pas d'accord avec !) par amour", ou encore "oui, mais je l'aime alors..."
Alors quoi ? Doit-on accepter, tout supporter par amour pour quelqu'un ? L'amour est également exclusif, du moins dans notre société où il est très possessif.
Corinne et Léo sont pour une pratique de la non-exclusivité ou non-monogamie 'responsable' en ce sens qu'elle laisse plus de place à la liberté individuelle ; c'est une pratique plus épanouissante, respectueuse et qui tente de gommer la jalousie inhérente au sentiment de possession qui peut s'installer avec l'autre.
Léo et Corinne remettent le couple en question car il n'offre qu'un cadre très rigide aux deux personnes et à la femme en particulier. Une femme qui quitte un partenaire le fait souvent pour aller rejoindre un autre partenaire avec qui elle se remettra en couple. C'est un peu comme une soupape de sécurité, il y aura toujours "l'autre près de moi", il offre un certain confort dans lequel les gens se laissent vite enfermer pour refuser de voir le monde qui les entoure. La structure du couple reconnue par la société n'autorise que la monogamie et l'hétérosexualité, et assigne des tâches bien distinctes et définies, "propres" à chacun. C'est un shéma qui entraîne bien souvent le sexisme et qui reproduit exactement les normes patriarcales de la société. A ce niveau du débat des vois se sont élevées dans la salle : "moi, j'suis pas macho", "ça ne se passe pas comme ça dans notre couple". Heureusement tous les hommes ne sont pas des grosses brutes, ni toutes les femmes des fées du logis, mais nous parlions là de la notion de couple en général pour pouvoir mieux l'analyser et justement voir comment on peut la faire évoluer en accord avec les notions de base de l'anarchisme, à savoir le respect de l'autre et de sa liberté.
Les nombreuses personnes présentes à la conférence ont pour la plupart participé activement au débat et se sont réellement écoutées parler, point qu'il ma semblé intéressant de préciser car il est rare, dans une assemblée mixte, que les tours de parole soient respectés !
Pour vous faire une idée plus précise des différents thèmes abordés à la conférence, je vous renvoie à la lecture du livre de Corinne Monnet et Léo Vidal, Au-delà du personnel, édité par l'Atelier de Création Libertaire à Lyon. Bouquin disponible à Maloka ou directement à A.C.L., BP 1186, 69202 Lyon Cedex 01.